🕐 Lecture : 4 min
Difficile d'avoir manqué ce Mega Darkrai ces dernières semaines : une silhouette noire happée par un tourbillon d'ombre, qui dessine presque un œil immense. La carte a tourné partout. Derrière, une seule personne : Akira Egawa.
On parle beaucoup de ses cartes, beaucoup moins d'elle. Pourtant son parcours explique pourquoi ses illustrations sortent du lot.
Qui est Akira Egawa
Akira Egawa est illustratrice et character designer freelance. Elle vient de la modélisation 3D, qu'elle a pratiquée dans le jeu vidéo, l'édition, l'exposition et le design produit. Et comme beaucoup de monde ici, elle a grandi une manette à la main : elle joue à Pokémon depuis Or, Argent et Cristal.
Elle résume son travail par une question qu'elle se pose en boucle : qu'est-ce qui rend une chose « cool » ? Elle cherche la réponse partout, dans les photos, les textes, la musique, la nourriture, les conversations. Elle débute sur le Jeu de Cartes Pokémon en 2019, avec une carte discrète : un Riolu de l'extension Alliance Infaillible.
Sa façon de voir les Pokémon

Ce qui rend ses cartes vivantes, c'est sa manière d'imaginer les Pokémon dans notre monde. Pour un Feunard, elle a pensé à la créature traversant mille ans au même endroit, à regarder des gens s'installer et bâtir un village. Pour un Mackogneur, elle l'a vu vivre chez un garagiste, à donner un coup de main pour réparer des voitures.
Vient ensuite l'obsession des textures. Egawa soigne le grain de chaque surface en pensant à ce que ça ferait sous les doigts : le moelleux d'une fourrure, la dureté d'un muscle. Son objectif tient en un mot : que le Pokémon ait l'air vivant, avec une chaleur intérieure et un peu d'esprit combatif. Son Yuyu-ex (Chi-Yu) d'Évolutions à Paldea le montre bien, entre chaleur du feu et poids du métal.
Le tournant : les Gold de Crown Zenith

En 2022, l'extension Crown Zenith (VSTAR Universe au Japon) lui confie un morceau de choix : les quatre VSTAR Gold de la Galerie de Galar, le trio de la création (Dialga, Palkia, Giratina) et Arceus. Egawa les peint en pleine illustration, dans des tons or et feu qui tranchent avec le reste du set. Ces quatre cartes deviennent les pièces les plus recherchées de l'extension. À partir de là, son nom circule, et elle passe d'illustratrice parmi d'autres à signature qui compte.
Le coup de projecteur Darkrai

Son Mega Darkrai ex SAR, dans l'extension Abyss Eye, a fait le reste. La carte a envahi les réseaux et l'a installée parmi les illustratrices les plus suivies du moment. L'effet déborde de cette seule carte : quand un artiste perce, les collectionneurs remontent toute sa production, et ses cartes plus anciennes prennent de la valeur. Des cartes qu'on trouvait tranquillement il y a un an se négocient aujourd'hui bien plus cher. C'est ce qui lui arrive en ce moment.
Ce qu'elle dit de son métier
Egawa parle de son travail sans esbroufe. Elle s'avoue un défaut : pousser parfois trop loin la lumière et les poses, au risque de s'éloigner du design d'origine du Pokémon. Son chantier du moment, c'est de trouver de nouvelles poses, compositions et perspectives pour aller chercher ce fameux « cool ».
Le plus beau pour elle reste de voir ses dessins devenir de vraies cartes, et des inconnus les poster en disant qu'elles sont belles. Elle y voit une preuve simple : Pokémon est une langue commune, qui passe les frontières.
Combien de cartes a-t-elle signées
Depuis 2019, Egawa a réalisé 33 cartes en pleine illustration, celles où le dessin recouvre toute la surface. En comptant les réimpressions et les versions, les bases spécialisées montent autour de 90 cartes au total, hors TCG Pocket, le jeu numérique. Un beau volume pour une illustratrice arrivée il y a six ans.
Envie d'aller plus loin sur les artistes ? Lis aussi Les illustrateurs qui ont marqué les cartes Pokémon.